À quatre à six mille mètres de profondeur, la plaine abyssale s'étend dans toutes les directions comme un désert de boue calcaire et siliceuse presque parfaitement plat, ses ondulations sédimentaires crème et gris-brun sculptées par des courants de fond si lents qu'ils semblent appartenir à une autre échelle du temps. Des dropstones isolés — blocs erratiques transportés jadis par des icebergs dérivants puis abandonnés lors de leur fonte — percent çà et là cette surface uniforme, offrant les seuls substrats durs disponibles sur des kilomètres, et c'est sur eux que se sont ancrés des crinoïdes pédonculés dont les tiges pâles s'élèvent avec une délicatesse presque irréelle, leurs couronnes pennées toutes orientées dans le même sens, tournées vers le filet de courant abyssal comme autant de fleurs cherchant une lumière qui n'existe plus. De rares points bioluminescents bleu-cyan flottent dans la colonne d'eau sans jamais éclairer quoi que ce soit, tandis que la neige marine — pluie continue de matière organique descendue depuis la surface lointaine — cartographie silencieusement la hauteur du flux de fond en traversant ce vide à une pression d'environ cinq cents atmosphères. Ici, à une température proche d'un degré et demi, dans l'obscurité totale et sous un poids d'eau colossal, la vie persiste avec une économie extrême : quelques ouvertures de terriers dans le sédiment, de rares nodules de manganèse dispersés comme des galets sombres, et ces crinoïdes immobiles qui filtrent patiemment les particules en suspension dans un monde qui n'a jamais eu besoin de témoin.
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