Bathocyroe sous voûte bleue
Géants gélatineux

Bathocyroe sous voûte bleue

À quatre à cinq cents mètres sous la surface, là où la lumière du soleil n'existe plus qu'à l'état de souvenir bleuté, une *Bathocyroe* de grande taille dérive en pleine colonne d'eau, son bol gélatineux tourné vers le haut comme pour recueillir les derniers photons qui filtrent de l'océan supérieur. Son corps, composé à plus de quatre-vingt-dix-huit pour cent d'eau, est d'une transparence presque absolue — seuls les rangées de ctènes, ces peignes ciliés battant en synchronie, trahissent sa présence en produisant une interférence optique qui décompose la lumière ambiante en fins reflets irisés de cyan, de violet et d'arc-en-ciel spectral, sans aucune source lumineuse autre que le faible gradient cobalt venu d'en haut. À cette profondeur, la pression avoisine cinquante atmosphères, la température de l'eau de masse intermédiaire descend aux alentours de six à huit degrés Celsius, et la colonne d'eau stratifiée ne livre qu'une pluie lente de neige marine, particules organiques en suspension qui dérivent en silence dans l'obscurité croissante. Les cténophores comme *Bathocyroe* illustrent la puissance évolutive du plan corporel gélatineux en milieu mésopelagique : quasi-invisibles, métaboliquement économes, capables d'exploiter les couches de proies que concentrent les pycnoclines sans jamais laisser la moindre trace de leur passage dans ce vide pelagique immense et silencieux.

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